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  • Photo du rédacteurHenri NEYRAND

Concours de nouvelle -deuxième prix

Je suis très heureux de vous annoncer que j’ai reçu le deuxième prix à un concours de nouvelles (c’est un bon exercice pour se frotter à d’autres écrivains et exercer la gymnastique de l’écriture). Le concours était organisé par le site « A propos d’écriture » qui propose des services aux « jeunes » (!!!!)  écrivains.

Le thème imposé était :

Chaque participant doit écrire une histoire portée par la voix de plusieurs personnages (au moins 3), racontant chacun les faits selon son point de vue, ses émotions, etc. L’histoire racontée peut concerner un même événement, une même personne ou un même lieu.

Voici le texte qui a été primé.


« Le kaléidoscope parisien

 

Isabelle.

Isabelle regagnait son élégant appartement parisien après une nuit partagée avec René, le Directeur général de la société où elle travaillait. Les pavés résonnaient sous ses pas pressés. La quarantaine épanouie, elle avançait de la démarche assurée d’une femme ambitieuse. Divorcée, sans enfants à charge, elle naviguait entre les eaux douteuses et tumultueuses de sa vie personnelle et de sa vie professionnelle. Ses réussites s’étaient toujours négociées entre draps satinés et dossiers épineux.

Mince et gracile, elle portait le manteau en cachemire que René lui avait offert. Sa silhouette élégante éclairait la grisaille de cette matinée de novembre et contrastait avec la raideur des immeubles haussmanniens alentour.

Au fond d’elle-même, un sentiment amer la rongeait. La promotion canapé qui l’avait catapultée au poste envié de directrice de la communication faisait jaser et, sans se l’avouer, elle en souffrait. Les accommodements faits dans l’ombre pour gravir les échelons lui laissaient, au fond de l’âme, des traces amères. Elle savait que sa carrière brillait d’une lumière artificielle, telle une étoile filante destinée à s’éteindre dans les méandres des compromis et des faux-semblants. Elle se sentait vide et insatisfaite, consciente que son amant ne l’aimait pas vraiment et qu’il ne quitterait jamais femme et enfant pour elle.

Elle rencontra le regard d’un garçonnet de six ans, l’enfant que, sans se l’avouer, elle aurait aimé avoir, en train de déguster à belles dents un gâteau. Les yeux brillants, les joues roses, les cheveux blonds, il avait l’air d’un ange. Il la regarda avec curiosité. Elle se dit qu’il devait être heureux, innocent, insouciant. Puis elle chassa bien vite ces considérations pour se dire qu’elle n’avait pas besoin de lui, qu’elle était trop occupée, trop indépendante, trop épanouie.

Peu après, elle fit un écart pour éviter un clochard étendu sur le trottoir, enveloppé dans une couverture crasseuse, dormant sur un matelas de cartons. Un sentiment de culpabilité lui traversa l’esprit. Sous sa carapace d’égoïsme, le contraste entre son monde de privilèges éphémères et la réalité brutale des démunis l’assaillit. Des flaques d’eau qu’elle prit soin d’éviter pour ne pas salir le cuir fragile de ses bottines lui firent vite oublier son vague altruisme.

Ses pensées tournoyaient dans un ballet de contradictions. Entre le désir de reconnaissance sociale et la quête de sens, un vide persistait, un gouffre insatiable de vérité et de pureté qu’elle avait étouffé sous le poids des compromis.

Arrivée devant la porte de son appartement, elle marqua une pause. Une bouffée de mélancolie l’envahit. Les apparats du pouvoir lui paraissaient de plus en plus trompeurs, comme une parure fragile qui ne pouvait dissimuler ses fêlures intérieures. Son reflet dans le miroir de l’entrée lui renvoya une image froide et ambiguë, un masque soigneusement façonné pour dissimuler les brèches de son âme tourmentée.

Elle savait qu’elle devrait continuer à jongler avec les faux-semblants, à masquer ses zones d’ombre derrière un sourire étudié, mais ce matin-là, un soupçon de lassitude s’insinua dans son être. Elle ressentait un mélange de résignation et de détermination, repensant à sa brillante carrière où les promotions se négociaient parfois entre les draps froissés d’une chambre d’hôtel.

 

Adrien.

Adrien, 6 ans et demi — l’âge où les demi-années comptent —, venait de vivre un événement très excitant dans la vie d’un enfant : hier, en croquant une pomme, il avait perdu une dent. Pas n’importe laquelle, hein, celle-là, c’était une dent de devant, une star en quelque sorte. Une gloire éphémère qui s’était glissée sous son oreiller, attirant ainsi la petite souris, célèbre philanthrope rongeur, qui lui avait déposé la somme impressionnante de quatre euros.

Muni de sa fortune dentaire, Adrien avait dans sa tête un plan stratégique : se rendre dare-dare à la boulangerie du coin pour s’offrir un festin sucré, l’extase gustative, le nirvana pâtissier avec son gâteau préféré, un délicieux mille-feuille praliné qui faisait danser par avance ses papilles.

Il se leva, s’habilla, et sortit de chez lui sans attendre. Il habitait dans un petit appartement près d’une boulangerie, dans un quartier chic de Paris. Il aimait bien ce quartier, même s’il y avait parfois des gens qui lui faisaient peur. Comme le monsieur qui dormait sur un carton, à côté d’une sébile où brillaient faiblement quelques pièces jaunes. Adrien le voyait souvent, mais il ne lui parlait jamais. Il avait peur qu’il soit méchant, ou qu’il lui demande de l’argent. Il se contentait de le regarder de loin, en se demandant pourquoi il n’avait pas de maison.

Ce jour-là, sa récente aisance le fit douter de sa détermination gourmande. Ses petites poches résonnaient de cette richesse nouvellement acquise, mais il se dit que la petite souris ne lui avait pas donné tout cet argent pour le garder pour lui tout seul. Poussé par une soudaine philanthropie, il s’approcha, le regard plein d’une curiosité mêlée de compassion, de l’homme qui semblait dormir, pour qui chaque rêve était un refuge contre la réalité.

Il se dit que le monsieur devait avoir faim et qu’il n’avait pas de quoi s’acheter un gâteau. Il se dit aussi que lui, il avait quatre euros, et que c’était beaucoup trop pour deux mille-feuilles à la crème pralinée. Il se dit enfin que la petite souris serait contente s’il partageait son cadeau avec quelqu’un qui en avait vraiment besoin.

Ce fut alors qu’Adrien décida, avec la détermination de Tintin, le héros de sa bande dessinée préférée, d’abandonner une part de sa fortune. Il glissa délicatement deux euros dans la sébile du SDF, aussi discrètement qu’on offre un trésor à un dragon endormi.

« Pour toi, monsieur », murmura-t-il, n’osant pas réveiller l’homme.

Le visage éclairé d’un sourire généreux, Adrien reprit son chemin vers la boulangerie, les yeux brillants d’une fierté secrète. Là, entre les éclairs et les tartes aux fruits alléchantes, il choisit son gâteau préféré.

« Bonjour, » dit-il au vendeur. « Je voudrais un mille-feuille, s’il vous plaît. »

Le boulanger regarda Adrien en souriant. « Un mille-feuille pour un petit garçon qui a perdu une dent, c’est un excellent choix. »

Il emballa le précieux gâteau et le tendit à l’enfant qui dut se mettre sur la pointe des pieds pour attraper le paquet convoité.

Adrien ressortit bien vite, s’assit sur un banc, et croqua dans son gâteau. Il sentit le croustillant sous la dent et la crème au praliné lui tapisser la bouche. Il ferma les yeux de plaisir. Il se dit que c’était le meilleur mille-feuille du monde. Peut-être parce qu’il ne pourrait pas s’en acheter un autre demain.

Jean-François.

Dans les ruelles embrumées de Paris, à l’aube d’un jour comme tant d’autres, un homme au visage marqué par le temps et les épreuves s’éveillait. Son nom importait peu aux passants pressés. Ses parents l’avaient nommé Jean-François, ses copains de trottoir l’appelaient Jeannot.

Les rues pavées lui tenaient lieu de lit, un amas de cartons de matelas et des tissus crasseux de couvertures. Cette nuit-là, un froid mordant avait transformé son inconfortable repos en une mauvaise expérience. Réveillé par une chorale improvisée de voyous avinés, dont les chants fêlés avaient résonné comme une symphonie cacophonique dans les rues désertes.

Allongé contre un immeuble haussmannien, il n’avait pas pu savourer une seconde de sommeil réparateur. Alors, pour tenter de retrouver le doux royaume de Morphée, il avait décidé d’avaler son remontant favori : une bouteille de Sidi Brahim. Pas exactement le meilleur somnifère, mais l’alcool lui avait offert un passage fugace vers un autre monde, une fuite éphémère vers l’oubli.

Vers les neuf heures, le trot bruyant des souliers des passants pressés de rejoindre leur travail ou leur école l’avait tiré de son brumeux sommeil. Dans une demi-conscience, il aperçut un chérubin qui, les yeux emplis de compassion, déposa une pièce dans sa sébile, en prenant bien garde de ne pas le réveiller. Un éclat de lumière dans la grisaille de sa vie.

Il contempla le contenu de sa sébile, une pièce de deux euros brillait sur un lit de pièces jaunes. Il pourrait prendre au moins un café ce matin. L’enfant lui rappelait son fils qui devait avoir vingt ans aujourd’hui. Il se souvenait des années où on l’appelait papa ou Jean-François.

Il se redressa sur son matelas de carton, l’œil vague et s’étira péniblement, se débarrassant des songes effilochés qui avaient tissé son sommeil fragile. Il était encore un peu ivre et sa tête lui faisait mal. Il regarda autour de lui. Les passants ne semblaient pas le remarquer.

Une silhouette éblouissante s’avança, drapée dans le luxe ostentatoire d’un manteau si somptueux qu’il aurait pu lui permettre de vivre une année dans la rue. La beauté de cette femme auréolée de richesse n’était qu’une ombre furtive, évitant délibérément le regard du SDF, comme si sa misère même risquait de souiller l’éclat éphémère de sa vie opulente.

Loin de lui jeter un regard, elle fit un large détour pour éviter de le voir. Il haussa les épaules, habitué à ce genre de réaction. Après tout, il était devenu un maître dans l’art de devenir invisible.

Le gardien de l’immeuble n’allait pas tarder à le chasser de « son chez-soi ». Jeannot se leva avec le courage d’un homme habitué aux vexations. Son visage buriné par les épreuves ne laissait pas transparaître la tristesse qui emplissait son cœur. Il ramassa la pièce offerte par l’enfant, le geste humble et touchant qui avait éclairé le début de sa journée, puis, tel un voyageur solitaire, il reprit sa quête de survie dans le maquis impitoyable de la Ville Lumière.

D’un pas incertain, il s’éloigna lentement, portant sur ses épaules le fardeau de l’indifférence, mais aussi la légèreté fragile d’un geste de bonté enfantine, gravé dans le creux de sa mémoire. Dans les méandres de la cité, il allait devoir continuer sa quête incessante d’un abri et d’un soupçon de chaleur humaine dans l’océan glacial de la ville. »

                                                                          

 

 

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